Analyse du sujet
Sujet un peu déroutant et assez difficile, car on interroge plus souvent sur le jugement de goût. C'est une analyse "ontologique", sur le statut de l'oeuvre d'art, que vous êtes conviés ici. Il fallait faire très attention à mon sens au terme de "réalité" : on ne vous demande pas si les oeuvres d'art sont des CHOSES comme les autres, mais des REALITES; le terme de "réalité" sonne très platonicien, et il est ici de bon ton de parler de l'analyse platonicienne de la réalité dans la République, qui débouche sur sa célèbre critique de l'art ! (cf. distinction monde des Idées = réalité; monde sensible = des apparences ; en dessous, l'art est reproducteur des apparences et donc terriblement éloigné de la réalité !!!)
Il s'agira, à travers cette réflexion toute ontologique, de savoir aussi si l'art est positif ou non. Et également si l'oeuvre d'art a un statut à part, quelque chose qui le distingue foncièrement des autres choses faisant partie du réel. Peut-être ici devrons-nous dépasser notre admiration pour l'oeuvre d'art, comme ayant un statut à part de ce qui nous entoure !
Le terme de réalité est vraiment important : il y a les réalités de la nature, il y a les réalités produites par l'homme... et il y a aussi ce qui est réel, "au-delà des apparences" !
Un développement possible
I- Les oeuvres d'art un redoublement du réel ? -L'art imitateur, l'art illusionniste : le thème platonicien...
- partir de l'allégorie de la caverne de Platon, analyser la distinction apparences/ réalité; puis qualifier l'art de copie de copie, de réalité moindre par conséquent car très très éloignée du monde des Idées ! on peut alors enchapiner sur l'art comme trompeur et illusionniste
- enchaîner sur l'oeuvre d'art comme objet factice...
- ... mais dès lors aussi comme une réalité différente des autres (le terme de réalité étant pris ici en un sens général et non plus platonicien) par son côté humain, subjectif : même quand il copie le réel, la nature, ce qui l'entoure, l'homme n'y dépose-t-il pas sa marque, sa vision des choses ? c'est un objet par conséquent bien "spécial" que l'oeuvre d'art, non ?
II- L'oeuvre d'art, une réalité différente des autres, au sens où elle a plus de valeur : les réalités qui nous entourent, qu'elles soient produites par la nature ou par l'homme, sont "sensibles", inscrites dans le temps et dans l'espace, or, l'essentiel de l'oeuvre d'art n'est pas sensible mais spirituel
On pouvait ici commencer par s'interroger sur la différence entre une oeuvre d'art et les réalités naturelles, comme le faisait dans l'Antiquité Aristote. Il y a les choses qui sont produites par l'homme, et les choses qui existent par nature. La différence entre ces "réalités", entendues ici comme "choses", que sont les oeuvres d'art et les réalités naturelles, est donc dans le mode de production. Mais on précisera tout de même que cette distinction conceptuelle est un peu trop générale pour notre sujet puisque par "art" Aristote entend toute fabrication humaine, or, dans la fabrication humaine il n'y a pas, loin s'en faut, que l'oeuvre d'art ! D'ailleurs on tendrait à dire que d'un point de vue sensible, offert à nos sens, rien ne distingue au premier abord une oeuvre d'art, d'une pomme, ou d'un bureau. Nous avons ici 3 sortes d'objets : un naturel, deux artificiels (des artefacts pour reprendre encore la terminologie aristotélicienne). Qu'est-ce qui les distingue ?
- oeuvre d'art et objet naturel : l'oeuvre d'art est fabriquée par l'homme
- oeuvre d'art et objet technique : fabriqué dans une intention; intention souvent de plaire; provoque donc l'admiration, le jugement de goût; mais également résiste à son côté sensible (cf. le poème qui existe par delà les siècles, etc.); ici l'oeuvre d'art n'est pas une réalité comme les autres car elle est sensible mais intemporelle en même temps, car empreinte de spiritualité; elle est alors, contrairement à ce que pensait Platon (que l'on peut convier dans cette partie, même si c'est pour le réfuter !), plus réelle que les autres réalités, si par réalité on entend ce qui résiste aux changements continuels du "monde des apparences" (on le voit, j'insiste, Platon pouvait ici être très utile ! cf. distinction conceptuelle monde réel-monde des apparences)
III- Possibilité de s'interroger sur le statut "spécial" accordé à l'oeuvre d'art : on sous-entend alors que l'oeuvre d'art est l'oeuvre d'un génie, mais le "génie" existe-t-il ? et vaut-il encore de l'art contemporain ?
- interrogation sur le génie artistique (cf. fiche et cours sur l'art : Kant en fait de belles analyses)
- interrogation sur ce qui fait le statut à part des oeuvres d'art aujourd'hui, au sens où on interrogera l'art contemporain : ne sommes-nous pas souvent en face de réalités comme les autres, cf. Fontaine de Duchamp qui est un urinoir estampillé par l'artiste et déposé au musée, cf. Andy Wharol, etc.
- on pourrait dire comme dans II que ce qui fait quand même que l'oeuvre d'art n'est pas une réalité comme les autres c'est qu'elle est inscription d'une idée (Aristote dirait "forme") dans le sensible, dans la matière. C'est bien l'humanisation de la nature qu'elle nous donne à voir, ou qui est à l'oeuvre ici. Mais aussi la preuve que chez l'homme l'esprit rencontre la nature et n'est pas si opposé que cela au naturel, dont il a besoin pour exister !