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Alain : l'origine de la société

 

 

Expliquer le texte suivant :

On serait tenté d'expliquer toute l'organisation sociale par le besoin de manger et de se vêtir, l'Economique dominant et expliquant alors tout le reste ; seulement il est probable que le besoin d'organisation est antérieur au besoin de manger. On connaît des peuplades heureuses qui n'ont point besoin de vêtements et cueillent leur nourriture en étendant la main ; or elles ont des rois, des prêtres, des institutions, des lois, une police ; j'en conclus que l'homme est citoyen par nature. J'en conclus autre chose, c'est que l'Economique n'est pas le premier des besoins. Le sommeil est bien plus tyrannique que la faim. On conçoit un état où l'homme se nourrirait sans peine ; mais rien ne le dispensera de dormir, si fort et si audacieux qu'il soit, il sera sans perceptions, et par conséquent sans défense, pendant le tiers de sa vie à peu près, il est donc probable que ses premières inquiétudes lui vinrent de ce besoin-là ; il organisa le sommeil et la veille : les uns montèrent la garde pendant que les autres dormaient ; telle fut la première esquisse de la cité. La cité fut militaire avant d'être économique. Je crois que la Société est fille de la peur, et non pas de la faim. Bien mieux, je dirais que le premier effet de la faim a dû être de disperser les hommes plutôt que de les rassembler, tous allant chercher leur nourriture justement dans les régions les moins explorées. Seulement, tandis que le désir les dispersait, la peur les rassemblait. Le matin, ils sentaient la faim et devenaient anarchistes. Mais le soir ils sentaient la fatigue et la peur, et ils aimaient les lois.

Alain, Propos sur les pouvoirs

Analyse


Un texte extrait des "propos sur les pouvoirs". Il faut ici faire particulièrement attention à bien déceler la progression logique. En effet Alain fait apparaître dès le début la thèse qu'il veut combattre. C'est facilement reconnaissable puisqu'il emploie dès le départ la formule "on serait tenté". Cette thèse dite "adverse" est par contre très brièvement expliqué et il faut faire attention à bien la mettre en lumière.
Le piège serait de laisser tomber cette première phrase pour exposer dès le départ la théorie de l'auteur. Refléter sa thèse sans mettre en lumière l'opposition qu'il y met casse toute la progression logique de son propos. Cela peut paraître grossier de surexposer une seule phrase par rapport à un texte entier comme celui-ci, mais il le fallait pour bien montrer qu'on a compris les enjeux du texte.

Alain se propose d'éclaircir un problème fondamental de la philosophie politique, celui de l'origine de la société. Il y réfute la conception traditionnelle, qui est d'y voir un simple besoin économique.

Comme toujours s'appuyer sur phrase du texte permet de n'oublier aucun élément de la dynamique de sa réflexion.

Développement proposé


La nécessité comme problème central de la philosophie politique moderne

Alain pose d'abord sa thèse en concluant que "l'homme est citoyen par nature". L'exemple de peuples disposant d'une organisation politique sans organisation économique est probant. Contrairement aux apparences, la société commence par l'autorité politique, l'établissement de hiérarchies (militaire, religieuse).

La société n'est pas fondé sur le besoin économique mais sur le besoin de sureté

Alain compare ensuite le besoin de sommeil et le besoin de se nourrir. Cette comparaison peut paraître surprenante, mais elle est à élargir. Alain ne s'attache pas temps à l'idée de sommeil que pour la rattacher dans un cadre plus général qu'est le besoin de sûreté. Bien sûr il fallait recadrer la pensée d'Alain sans pour autant la dénaturer.

l'ambivalence de la société: ce qui fonde la société la menace tout autant.

Alain finit en décrivant une ambivalence de la société due à celle des hommes. L'illustrant par un homme qui a faim le matin et peur le soir, il décrit une société rendue fragile. On peut poursuivre cette pensée en disant que la société tend à multiplier les besoins, par recherche de distinction sociale : les vrais besoins sont perdus de vue, à la place les désirs infinis sont sources de désordre. D'où Alain décrit chaque citoyen comme un tyran et un anarchiste potentiel.

 

 
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