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Mill : confiance et communauté

 

 

Expliquer le texte suivant :

En s'écartant, même sans le vouloir, de la vérité, on contribue beaucoup à diminuer la confiance que peut inspirer la parole humaine, et cette confiance est le fondement principal de notre bien-être social actuel ; disons même qu'il ne peut rien y avoir qui entrave davantage les progrès de la civilisation, de la vertu, de toutes les choses dont le bonheur humain dépend pour la plus large part, que l'insuffisante solidité d'une telle confiance. C'est pourquoi, nous le sentons bien, la violation, en vue d'un avantage présent, d'une règle dont l'intérêt est tellement supérieur n'est pas une solution ; c'est pourquoi celui qui, pour sa commodité personnelle ou celle d'autres individus, accomplit, sans y être forcé, un acte capable d'influer sur la confiance réciproque que les hommes peuvent accorder à leur parole, les privant ainsi du bien que représente l'accroissement de cette confiance, et leur infligeant le mal que représente son affaiblissement, se comporte comme l'un de leurs pires ennemis. Cependant c'est un fait reconnu par tous les moralistes que cette règle même aussi sacrée qu'elle soit, peut comporter des exceptions : ainsi -et c'est la principale- dans le cas où, pour préserver quelqu'un (et surtout un autre que soi-même) d'un grand malheur immérité, il faudrait dissimuler un fait (par exemple une information à un malfaiteur ou de mauvaises nouvelles à une personne dangereusement malade) et qu'on ne pût le faire qu'en niant le fait. Mais pour que l'exception ne soit pas élargie plus qu'il n'en est besoin et affaiblisse le moins possible la confiance en matière de véracité, il faut savoir la reconnaître et, si possible, en marquer les limites.

Mill, L'Utilitarisme.

Analyse


Ce texte est facilement compréhensible, ce qui ne veut pas dire qu'il est facile à commenter. Bien sûr comme dans tout commentaire l'important est de savoir bien lire et n'oublier aucun élément (chaque phrase compte).

Si vous faites partie de ceux qui lisent de diagonale et se rappellent de choses sur Mill ou l'utilitarisme, je crains le résultat. En effet chaque texte est unique et s'en éloigner est très dangereux (sauf si c'est pour mieux y revenir et appuyer pourquoi pas un lien logique).

Ici il est bien sûr question de confiance, et comment la confiance est importante pour le bien de la communauté. Il faut souligner les liens et donc la progression logique de l'auteur. À partir, de là, il était possible d'établir un plan qui reprend cette progression logique.

Développement


I. la confiance repose sur la vérité

Mill établit premièrement que négliger la vérité, ie ne pas prendre soin de communiquer avec honnêteté avec ses pairs, détruit la confiance (et ce, sans qu'on puisse parfois s'en rendre compte). Il faut pouvoir réfléchir sur le lien entre vérité et confiance, car ce n'est pas évident (ainsi un manipulateur ment pour mieux être accepté par autrui) : c'est sur le long-terme que Mill établit cette relation.

II. la confiance elle-même permet une vie en communautée bien réglée

La critique de Mill envers le mensonge vise d'abord ceux qui sont en position dominante. C'est ceux qui n'ont pas de besoin particulier à mentir. Sauf peut-être à assoir et /ou à profiter de sa position dominante. C'est l'ensemble de la société qui en a besoin. Ainsi il place la vérité au centre des nécessités (vertu, progrès de l'humanité). Il en vient à critiquer (presque) tout mensonge. Car chaque mensonge vient à ébranler petit à petit chacune de nos certitudes et les repères en s'effacer viennent à fragiliser la société dans son ensemble.

III. Mais il existe des exceptions

Mill ne se contredit en aucun cas dans ce texte (malheur à celui qui a écrit ça dans sa copie). Seulement comme tout bon penseur il n'avance aucune idée sans en étudier les possibles limites. Et ici il y en a. Il s'agit dans ce troisième paragraphe non pas de seulement constater les limites, mais de les mettre en lumières. C'est sur votre capacité à les avancer en vous appuyant sur le texte que vous attend le correcteur. Ici Mill prend le cas d'une personne malade. Il prend un exemple très précis pour mieux marquer la spécificité des exemples où l'on doit de ne pas dire la vérité. Ce n'est pas une idée de pouvoir, mais une idée de devoir. Tout comme il faut la plupart du temps être honnête, il faut par moment mentir.
Il s'agit pour Mill de préserver les plus faibles ou de ne pas laisser le crime se faire. C'est toujours ici pour le bien de la communauté. Mais Mill reste très réservé sur les cas possibles où l'on doit mentir.
Car l'on n'est jamais sûr que le mensonge soit bon : ça ne reste qu'une supposition (surtout qu'il existe différent de degré de mensonges). Au contraire dans une société de pleine confiance la vérité comme unique appelle la vérité. Mill préconise donc de poser d'abord les limites pour ce qui est du mensonge (il fait ainsi passer d'abord la vérité sur le mensonge).

 

 
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