Que vous soyez en série générale ou en série technologique, votre professeur vous a remis une liste d'oral que vous présenterez à votre examinateur. Mais au fait, un oral et une liste, pourquoi faire ?
L'oral, ça sert à quoi ?
Le plus souvent, vous pensez que l'oral ne sert à rien et qu'il faut tout miser sur l'écrit. Calcul pertinent mais pas toujours vérifié ! En effet, il arrive que l'écrit réserve quelques mauvaises surprises pour ceux qui auront régulièrement travaillé. Dans ce cas, c'est toujours un peu tardivement que l'on ressort sa liste pour l'oral, c'est-à-dire à deux jours de l'oral en question, voire la veille. Mais il y aussi le cas de ceux qui n'ont pas travaillé, qui savent qu'ils auront à l'oral, mais que la philosophie décourage tant qu'ils ne prendront pas la peine de travailler au moins l'oral. Dans les deux cas, tout porte à croire que l'oral est toujours secondaire. Voilà le préjugé contre lequel élèves comme professeurs doivent lutter !
En effet, le travail que vous aurez accompli dans l'année avec vos professeurs, travail qui porte sur des textes (?uvres intégrales ou extraits) doit être intégré, comme tout savoir, aux révisions faites en vue de l'écrit. Car il n'y aurait pas une philosophie pour l'écrit et une philosophie pour l'oral. Il y a une seule et même démarche philosophique qui est celle du questionnement et vous savez, par expérience, qu'un texte ou qu'une ?uvre n'est au fond qu'un questionnement particulier sur une question donnée. Qui plus est, si vous avez travaillé sur un texte, une ?uvre, une question, vous aurez exploité telle ou telle problématique, rencontré tel ou tel courant de pensée et ce travail minutieux portera nécessairement ses fruits lorsque vous rédigerez votre dissertation ou votre commentaire de texte.
Si donc l'oral devait servir à quelque chose, au sens le plus technique et instrumental de l'expression, c'est avant tout à réussir son écrit et donc à ne pas éventuellement à ne pas se retrouver à l'oral?
Qui plus est, si vous êtes convoqué à l'oral (nul n'est parfait !), vous demeurez libre de choisir les matières que vous passerez et vous serez peut-être tenté de penser que choisir la philosophie, c'est redoubler la difficulté de l'exercice. Bien sûr, vous aurez tort ! Tous les examinateurs de philosophie s'entendent sur le fait que cette crainte n'est absolument pas légitime. On ne vous demandera jamais d'être un brillant élève et si vous l'étiez vraiment, votre écrit suffirait. En revanche, on vous demandera d'être rigoureux, méthodique et surtout convaincu par la nécessité même de l'épreuve orale de philosophie.
Il n'est pas rare, notamment dans les séries technologiques où la philosophie engrange peu de points par le jeu - terrible - des coefficients de voir des élèves réussir plus qu'honorablement à l'épreuve de l'oral, alors que leur écrit aura été faible ou qu'ils avaient un niveau encore fragile tout au long de l'année. Le plus souvent, ces élèves ont mis à profit leur cours et leur liste de textes pour fournir un réel effort de révision entre les écrits et les oraux. Il n'est donc pas rare que ces élèves, méritants par leur pugnacité et leur dynamisme, donnent à leur examinateur le plaisir d'entendre un exposé courageux et volontaire. Il n'en faut souvent pas plus pour ne pas avoir à repasser le bac l'année suivante !
Inutile donc de vous angoisser à l'idée de prendre à l'oral la philosophie, car cette angoisse est injustifiée : si vous avez correctement travaillé tout au long de l'année, il n'y a aucune raison que votre prestation à l'oral ne porte pas tous ses fruits. Alors un peu de lucidité, d'audace et de courage ! Vous n'imaginez pas combien il est agréable, pour les examinateurs, d'écouter un élève pour qui tout n'est pas joué d'avance et qui se battra jusqu'au bout, fort de son sérieux et de son travail?
A l'oral, on tombe sur quoi ?
Vous noterez déjà l'inexactitude de la question ! A l'oral, on ne tombe pas, on remonte? Si vous songez déjà au scénario catastrophe, vous êtes sûr de chuter en pleine course. Tout d'abord, il est rare de se voir interrogé sur un texte et sur une question pour lesquels vous n'auriez aucune ressource, puisque les textes qui sont proposés à l'oral sont ceux qui figurent sur votre liste et que vous êtes censé connaître, même de loin. Il en va de même pour la question. Il y a bien sûr ceux qui n'auront même pas lu leurs textes avant le jour de leur oral, mais ceux-là n'ont rien à redouter d'une catastrophe : elle prouvera seulement qu'il y a une justice ici-bas?
Quant aux autres, ils pourront mettre à profit leurs connaissances et leur méthode pour avancer pas à pas dans l'exercice sans difficultés majeures.
L'examinateur est souverain dans le choix du texte ou de l'?uvre, sachez-le. Mais le souverain n'est pas toujours un tyran et on voit mal comment un examinateur pourrait vous « coincer », puisque l'existence même d'une liste réduit considérablement cette tentation, qui plus est rarissime. L'examinateur, au contraire, est là pour relever tous les aspects positifs de votre exposé puis de l'entretien éventuel qui le suivra. On a coutume de dire qu'à l'écrit, on ne retient que ce qui ne vas pas et qu'à l'oral, on ne prend que ce qui est bon. C'est sans doute très excessif, mais ce n'est pas, dans la pratique, tout à fait faux. Il est donc inutile de faire des suppositions catastrophiques : à l'écrit comme à l'oral, l'examinateur est sensible à ce que vous arriverez à faire, en tous cas tout autant que ce que nous ne parviendrez pas à faire.
Enfin, pour ceux qui s'attendent à pouvoir choisir entre plusieurs textes ou plusieurs ?uvres, c'est un calcul risqué. En général, vous n'aurez pas le choix et c'est à vous de faire contre mauvaise fortune bon c?ur. C'est aussi cela, être philosophe.
L'oral, ça se passe comment ?
Le plus souvent, bien ! A condition de bien comprendre en quoi consiste l'exercice et comment s'organise l'épreuve.
Pour les séries générales, les instructions officielles sont claires : « le candidat présentera à l'examinateur la liste des ?uvres philosophiques dont l'étude est obligatoire. Cette obligation s'impose à tous les candidats, qu'ils soient élèves d'un établissement d'enseignement ou candidats libres.»
Quant aux séries technologiques, « le candidat présentera à l'examinateur la liste des textes étudiés, empruntés ou non à une même ?uvre, parmi celles des auteurs inscrits au programme. »
Dans les deux cas, vous devez vous munir de votre liste ainsi que des textes concernés, cette liste étant conjointement signée par le chef d'établissement et le professeur de philosophie.
S'agissant du déroulement de l'épreuve, là encore, les textes officiels sont clairs : pour les séries générales, « l'épreuve orale portera obligatoirement sur l'une des ?uvres présentées, dont un bref fragment devra être expliqué. Au cours de l'entretien, toute notion du programme pourra éventuellement faire l'objet d'une interrogation distincte ou, si possible, en liaison avec l'étude du texte ». Le temps de préparation est de vingt minutes et le temps d'interrogation de vingt minutes également.
Il en va de même pour les séries technologiques : « l'épreuve orale portera sur l'un des textes présentés ou, à défaut, sur un bref texte proposé par l'examinateur, en liaison avec les notions du programme. »Au cas où le candidat, en contravention avec les dispositions réglementaires, ne présente aucune liste, ou présente une liste, qui, n'étant pas conforme au programme, ne lie pas l'examinateur, il est recommandé à celui-ci de fournir au candidat deux ou trois ?uvres : le candidat choisit l'une d'entre elles, dont il lui est demandé d'expliquer un bref fragment. » Le temps de préparation est de vingt minutes et le temps d'interrogation de vingt minutes également.
Reste à bien comprendre ce qu'on attend de vous. Essentiellement, une explication de texte, explication que vous devrez bien distinguer du commentaire de texte rencontré à l'écrit. Car ici, il ne s'agit pas de commenter, mais bien d'expliquer. Quelle est la différence ?
Expliquer un texte, c'est dégager son sens et s'obliger à ne jamais sortir du texte, soit pour le confronter à des textes d'un autre auteur, soit pour le situer parmi d'autres textes d'un même auteur. Certes, vous pouvez indiquer une piste de commentaire, mais dites vous bien que si vous expliquez convenablement le texte, l'entretien qui suivra votre exposé avec l'examinateur sera l'occasion alors de proposer des pistes de commentaire. Mais commencer par-là serait une grave erreur.
Vous voyez donc que cette stricte délimitation de l'exercice à une explication conduite dans les règles est très rassurante puisqu'elle exclut la mise en relation, souvent délicate, du texte avec ce qui n'est pas lui. Tenez-vous en à cette devise : « le texte, rien que le texte, tout le texte ».
Votre exposé sera structuré comme l'est tout exercice de philosophie :
- l'introduction précisera l'objet, la thèse, la structure argumentative (veillez aux transitions !) et la problématique du texte ;
- le développement proposera une explication linéaire
- la conclusion fera un bref récapitulatif de ce qui aura été dit.
Quant à l'entretien, il porte le plus souvent sur le texte ou sur une notion du programme à laquelle il est lié. Et s'il est impossible de proposer une méthode propre à l'entretien (un entretien est vivant, il échappe à toute règle prédéfinie), on ne saurait trop vous conseillez d'être le plus à l'écoute des questions posées par l'examinateur. Ne vous braquez pas, n'imaginez pas le pire et si vous ne comprenez pas la question, faîtes répéter votre examinateur qui pourra préciser sa question pour mieux vous orienter.
Voilà les quelques conseils utiles que nous pouvons-vous donner.
Bon courage à vous !